Censure scientifique : des chercheurs condamnent le retrait de l’étude Séralini

visuelOGMjenveuxpas

Quarante et un scientifiques et experts demandent la republication de l’étude Séralini sur le maïs OGM Nk603 et le Roundup retirée indument par le journal Food and Chemical Toxicology. Les scientifiques du monde entier sont invités à joindre leurs signatures contre cette censure de la science*.

Un groupe international de scientifiques s’est uni pour condamner le retrait [1,2] par l’éditeur de la revue Elsevier Food and Chemical Toxicology (FCT) de l’ étude pionnière sur les aliments génétiquement modifiés (GM) et l’herbicide Roundup, réalisée par le professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe à l’Université de Caen, en France.

Cette étude constatait que les rats nourris avec le maïs GM NK603 de Monsanto et/ou de faibles doses de Roundup subissaient des dommages graves sur certains organes, en particulier pour le foie, les reins et la glande pituitaire (hypophise). Des observations supplémentaires, initialement imprévues, ont également permis de constater des taux plus élevés de tumeurs et de mortalité dans la plupart des groupes testés. [3]

Aujourd’hui, un groupe de 41 scientifiques et experts en biosécurité ont signé une déclaration publique condamnant le retrait de cette étude comme étant un « acte de censure scientifique », exigeant que la revue rétablisse l’étude, qui, selon ces scientifiques, contient des constatations d’importance potentiellement critique pour la santé publique. [4]

Le groupe invite les scientifiques à signer la déclaration commune et une pétition hébergées sur le nouveau site internet : www.endsciencecensorship.org .

Sur le site, plusieurs des scientifiques signataires expliquent l’étude et ses résultats pour les lecteurs moins expérimentés. Ils y fournissent également une analyse détaillée des raisons invoquées pour justifier le retrait, et les contre-arguments pour contester cette décision unilatérale du journal FCT.

Le public est invité à soutenir l’initiative en exigeant que le gouvernement allemand rende publiques les études de toxicologie de l’industrie sur le glyphosate, le principal composant chimique du Roundup. Bien que ces études constituent la base de l’approbation de l’UE de tous les herbicides à base de glyphosate, elles sont tenues secretes, et seul le gouvernement allemand en détient aujourd’hui les données originales. [5]

Retour sur la rétractation

L’étude de Séralini a subi une évaluation par les pairs avec des révisions mineures et a été publiée par Food and Chemical Toxilogy en Septembre 2012. Par la suite, ces travaux scientifique ont été soumis à une campagne soutenue d’attaques par des scientifiques pro-OGM, dont beaucoup avaient des liens non déclarés à l’industrie des biotechnologies ou avec des organismes gouvernementaux qui avaient déjà autorisé à la consommation l’OGM incriminé (maïs Nk603) ou d’autres cultures similaires.

A la surprise de la communauté scientifique, l’éditeur de FCT, le Dr Wallace Hayes a décidé en novembre 2013 de retiré les résultats de l’étude Séralini un an après sa publication. Cette décision a été prise de manière non-transparente après un deuxième examen par un groupe de personnes, dont les noms ou les compétence professionnelle demeurent inconnus, tout comme d’éventuels conflits d’intérêts non divulgués.

Selon le Comité d’éthique des Publications (COPE), dont FCT est membre, le retrait d’une étude est pourtant réservé aux seuls cas de fautes graves, d’erreurs, de publication redondante ou de plagiat, et de recherches contraire à l’éthique.

Aucun de ces critères ne s’applique à l’article Séralini, comme le Dr Hayes l’a lui même concédé : le retrait serait fondé uniquement sur la nature «non conclusive» des analyses sur les tumeurs et la surmortalité, remettant en cause le nombre relativement faible d’animaux et de la souche de rat utilisée [6], qui serait d’avantage sujette à des tumeurs spontanées que la moyenne. Le Dr Hayes a écrit qu': « aucune conclusion définitive ne pouvait être tirée à partir de données non conclusives » [7].

Or, de nombreux scientifiques affirment qu’un manque de « conclusions définitives » n’est pas une raison valable pour rétracter une étude, et qu’il s’agit là d’un fait sans précédent de la part de FCT. Dans toute la littérature scientifique, de nombreux articles et études contiennent également des résultats non-conclusifs sans que cela n’ait empéché leur publication, ou provoquer leur retrait.

Par ailleurs, quelques mois avant l’annonce du retrait, le Dr Richard E. Goodman, un ancien scientifique de Monsanto, a été nommé à un poste nouvellement créé à la rédaction FCT pour les biotechnologies. Peu de temps après la nomination de Goodman, une autre étude contestant la sécurité de la technologie des OGM a été retirée de FCT [ 8 ], avant d’être republiée ensuite par une autre revue[9].

Dans une initiative distincte, plus de 860 scientifiques du monde entier ont déjà condamné le retrait dans une lettre ouverte au FCT et ont annoncé qu’ils boycotteraient les revues d’Elsevier. [10]

Les commentaires de scientifiques sur le retrait

Dr Angelika Hilbeck, chercheuse pour l’Institut Fédéral de Technologie, et l’Institut de biologie intégrative IBZ, à Zurich en Suisse ; présidente du Réseau européen de scientifiques pour la responsabilité sociale et environnementale (ENSSER), a déclaré

« Ce retrait n’a aucun fondement scientifique. Si le manque de «conclusions définitives» était un motif valable de rétraction, nos bibliothèques seraient presque vides, que je n’ai encore jamais vu une étude qui aurait donné des résultats «définitivement concluants».

En fait, la révélation la plus surprenante serait presque que dans ce processus d’évaluation post-publication, au delà de son caractère très irrégulié, ce soit que l’étude Séralini semble être sans biais méthodologique. En réponse à une campagne de pression orchestrée depuis des cercles alignés sur les intérêts de l’industrie, un groupe secret de personnes a été mis en place par FCT dans le seul but de trouver des faiblesses à l’étude afin d’en contredire les conclusions pour la rétracter. Pourtant, après une année complète d’efforts acharnés, la seule chose que ces experts aient trouvé à redire de l’étude, c’est un manque de «conclusions définitives». Nous ne disposons d’ailleurs d’aucune preuve vérifiable que les personnes de ce groupe soien des experts dans les domaines scientifiques pertinents ou dans quoi que ce soit, d’ailleurs.

Pour moi, c’est une confirmation de la qualité de l’étude et de l’intégrité des chercheurs, à un point où très peu d’études pourraient passer un tel processus extraordinaire d’évaluation. »

Le Dr Michael Antoniou , un généticien moléculaire, professeur dans une école médicale de Londres , a déclaré

« En se basant uniquement sur la science présentée dans l’étude Séralini, il est extrêmement difficile de trouver une cause de retrait, d’autant que l’éditeur de la revue, le Dr Wallace Hayes, a seulement porté ses critiques sur deux des différents angles de l’analyse – les tumeurs et le taux de mortalité – déclarant ces éléments comme « non conclusifs ».

Cela suggère donc que même du point de vue de l’éditeur, l’essentiel des conclusions – la découverte d’une toxicité grave sur les organes chez les rats nourris de maïs GM et avec de faibles doses de Roundup – seraient valides ! Rétracter l’ensemble de l’étude sur la seule base du caractère non conclusif d’une partie des données est scientifiquement intenable.

En décidant de retirer le papier, l’éditeur ne s’est pas montré fidèle à la science. J’en conclue donc que le retrait doit être dû à d’autres raisons, vraissemblablement non scientifiques ». .

Dr David Schubert , professeur , Institut Salk d’études biologiques , CA , Etats-Unis , a déclaré

« Le rédacteur en chef de la revue a affirmé que la raison de la rétraction de l’étude Séralini était «qu’aucune conclusion définitive ne pouvait être atteinte ». En tant que scientifique, je peux vous assurer que si cela était une raison valable pour rétracter une publication, une grande partie de la littérature scientifique n’existerait pas.

Peu avant le retrait, un ancien scientifique de Monsanto a été intégré au journal comme éditeur pour la biotechnologie. Par conséquent, je pense que c’est la combinaison de pression intense de scientifiques et l’intégration de ce nouvel éditeur pro-industrie qui a conduit à l’élimination d’une étude extrêmement importante .

Je suis convaincu qu’il existe des preuves importantes, comme celle présentée par Séralini, que certains aliments génétiquement modifiés sont dangereux pour la santé humaine. Pour que des données viennent appuyer cette possibilité et soient discutées publiquement, les scientifiques doivent placer leurs responsabilités éthiques au-dessus des bénéfices des sociétés et cesser leur agression continue sur la science en matière de sécurité des aliments GM. La protection du droit des scientifiques à publier leurs résultats sans censure ou représailles doit être préservée.  »

>>> Lire aussi notre CP paru au moment de la dépublication de l’étude

Faire_un_don_C_-_Orange

Références

1. Hayes AW (2013 ) . Elsevier (2013 ) . Elsevier annonce le retrait de l’article Journal des aliments and Chemical Toxicology . 28 Novembre . http://www.elsevier.com/about/press-releases/research-and-journals/elsevier-announces-article-retraction-from-journal-food-and-chemical-toxicology#sthash.VfY74Y24.dpuf
2 . Hayes AW ( 2013 ) . Lettre au Professeur GE Séralini . 19 novembre Disponible sur: http://www.gmwatch.org/files/Letter_AWHayes_GES.pdf
3 . Séralini GE et al (2012 ) . Toxicité à long terme d’un herbicide Roundup et un maïs génétiquement modifié tolérant au Roundup . Alimentation and Chemical Toxicology 50 ( 11 ) : 4221-4231 [ RETRAIT ] . L’étude est disponible ici : http://gmoseralini.org/wp-content/uploads/2012/11/GES-final-study-19.9.121.pdf
4 . www.endsciencecensorship.org
5 . Pétition publique à : Prof http://bit.ly/1aERr6B Séralini a déjà publié les données brutes de son étude à l’éditeur de FCT, qui a indiqué qu’il n’a rien trouvé  » incorrecte  » sur les résultats et aucune preuve de fraude ( http://www.gmwatch.org/fichiers/Letter_AWHayes_GES.pdf). Prof Séralini a également déposé ses données brutes avec un notaire, pour la diffusion publique dès que les autorités gouvernementales rendront publiques toutes les données de l’industrie sur les pesticides et les OGM. Les données de l’industrie sur les OGM est déjà disponible sur demande auprès de l’EFSA, mais pas sous une forme analysable ( Excel / Word) .
6 . Hayes AW (2013 ) . Lettre au Professeur GE Séralini . 19 novembre Disponible sur: http://www.gmwatch.org/files/Letter_AWHayes_GES.pdf
7 . Hayes AW (2013 ) . Alimentation and Chemical Toxicology rédacteur en chef , A. Wallace Hayes , publie réponse à lettres à la rédaction . 10 décembre http://www.elsevier.com/about/press-releases/research-and-journals/food-and-chemical-toxicology-editor-in-chief,-a.-wallace-hayes,-publishes-response-to-letters-to-the-editors#sthash.tTW2LCGq.dpuf
8 . Mezzomo BP et al (2012 ) . RETRAIT : Effets de l’administration orale de Bacillus thuringiensis comme des souches de spores cristal Cry1Aa , Cry1Ab , Cry1Ac ou Cry2Aa sur hématologique et paramètres génotoxiques des souris albinos suisses . Food Chem Toxicol .
9 . Mezzomo BP et al (2013 ) . Hématotoxicité de Bacillus thuringiensis comme des souches de spores cristal cry1Aa , Cry1Ab , Cry1Ac ou Cry2Aa chez la souris albinos suisses . J Hematol Thromb Dis 1 ( 1 ) .
10 . http://www.i-sis.org.uk/Open_letter_to_FCT_and_Elsevier.php

*Traduction d’après Claire Robinson,GMwatch :
Scientists condemn retraction of Séralini study
www.endsciencecensorship.org, 29 January 2014