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Une agriculture biologique pour nourrir l’Europe en 2050

La production agricole européenne dépend depuis la fin de la 2ème guerre mondiale de l’emploi intensif d’engrais synthétiques qui ont conduit à une augmentation des pertes d’azote dans l’environnement (milieux aquatiques et atmosphère) dont l’effet est aujourd’hui documenté en termes de fragilisation de l’écosystème et d’impact sur la santé humaine.

L’argument régulièrement avancé pour justifier le recours à un haut niveau d’engrais synthétiques repose sur l’idée qu’il a été nécessaire pour accompagner l’augmentation de la population européenne au cours des cinquante dernières années et qu’il demeure nécessaire pour garantir à l’avenir l’autonomie agricole des pays européens.

L’étude proposée par Gilles Billen et alii montre au contraire qu’un scenario excluant les engrais synthétiques mais remodelant en profondeur le système agro-alimentaire autour de trois piliers (détaillés plus loin) serait à la fois de nature à réduire considérablement la pollution agricole par l’azote tout en fournissant une alimentation saine à la population européenne prévue en 2050, avec un recours minimal aux importations.

La perspective adoptée par l’étude est intéressante et novatrice.

Le paradigme actuel au niveau européen est basé sur un principe « d’intensification soutenable » des cultures qui simultanément accroît la productivité de certains espaces agricoles par l’augmentation notamment de la fertilisation à l’azote, et réduit en d’autres lieux la surface agricole mobilisée avec pour but de libérer de nouveaux espaces naturels. La surface agricole européenne a ainsi baissé de 238 à 206 millions d’hectares de 1960 à 2010. La majorité des études produites ne remet pas en cause voire encourage ce modèle.

Ici, l’étude explore une approche différente, basée sur le partage des terres agro écologiques, la « dé intensification » des cultures et la recherche de l’autonomie des pays européens en termes de production alimentaire.

L’étude procède en deux étapes : d’abord, elle examine la trajectoire des cinquante années du système agricole européen, puis explore un nouveau paradigme inspiré du concept de partage des terres (« land-sharing »).

La population a augmenté de 428 à 540 millions d’habitants entre 1961 et 2013. Cette évolution s’est accompagnée de l’accroissement important de la part des protéines animales dans le total de l’apport protéinique de la population. Par ailleurs, les auteurs observent que la trajectoire du système agro-alimentaire européen se caractérise par une faible efficacité globale d’utilisation des nutriments et des pertes d’azote dans l’environnement, menaçant la qualité de l’eau, de l’air et du sol et contribuant au changement climatique.

Le nouveau paradigme défendu par les auteurs repose sur trois piliers complémentaires.

  • Le premier consiste à aller vers une alimentation plus frugale et saine. Par rapport à l’alimentation actuelle des Européens, le modèle préconisé implique une réduction drastique de la part des produits animaux aussi bien produits laitiers que viande, qui répondra à des objectifs agro écologiques mais également de santé publique. La préconisation consiste à redescendre à niveau de consommation des protéines animales rencontré dans les années 1960 (5 kg/personne/an). Au-delà de la quantité de protéines, l’élément majeur « est celui de la répartition des aliments qui les apporte : les protéines proviennent aujourd’hui à 61% de des animaux (en incluant les produits de la mer) ; il faudrait redescendre cette proportion à 30%. L’essentiel de la compensation serait assumé par les céréales.
  • Le deuxième pilier consiste en la généralisation des pratiques agricoles agro-écologiques, c’est-à-dire à faible apport en nutriments. Le modèle agro écologique se base sur des systèmes qui ont déjà été testés, notamment par l’agriculture biologique. Il inclut un système de rotation des terres qui permet de mieux absorber l’azote. De plus, cela entraine une augmentation importante de la « fixation symbiotique » de l’azote qui compense de ce fait l’absence de fertilisants synthétiques.
  • La stratégie concernant le bétail, qui constitue le troisième pilier, consiste outre une réduction importante de celui-ci, à faire en sorte qu’il soit alimenté en nutriments au maximum locaux, pour des raisons de transport de nourriture, ainsi que pour favoriser sa capacité de transporter les nutriments des prairies aux terres arables et des cultures fixatrices d’azote aux autres cultures.

En conclusion, les auteurs soulignent qu’en complément de ses vertus pour la qualité de notre environnement, ce système a également des effets bénéfiques au niveau économique puisqu’il permettrait de diminuer les importations céréalières que connait aujourd’hui l’Europe.

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