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Convention citoyenne pour le climat: des propositions sur l’alimentation et la santé environnementale qui doivent être plus ambitieuses

Après plus de 8 mois de travail, d’auditions et de débats, les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat rendent leurs propositions au gouvernement.

Difficile de détailler ici les 150 propositions que vous retrouverez en ligne sur le site dédié. Cependant deux thématiques ont particulièrement attiré notre attention: se nourrir et consommer .

  • Concernant la rubrique « Se nourrir », si l’on note la volonté de tendre le modèle alimentaire vers des circuits courts, une politique agricole commune plus verte et faire progresser la bio force est de constater que malheureusement le travail de consensus, sur ces sujet, a débouché sur des mesures qui auraient méritées d’être plus ambitieuses et radicales, et qui même pour certaines sont décevantes (voire problématiques) :

Ainsi la convention citoyenne propose d’« Atteindre 50% d’exploitations en agroécologies en 2040» Le souci c’est que l’agroécologie n’est pas un « modèle normé » et que des modèles utilisant des pesticides de synthèse se revendiquent de ce « modèle »… Pourquoi ne pas avoir mis l’agriculture biologique à la place de ce terme devenu fourre-tout ? La mesure qui suit propose de « développer l’AB » mais sans objectif ni moyen… et donc relègue finalement ce système au second plan.

Une autre mesure invite à la « Diminution de l’usage des pesticides avec une interdiction des produits CMR, diminution de l’usage des produits phytopharmaceutiques de 50% d’ici 2025 et interdiction des pesticides les plus dommageable pour l’environnement en 2035 » C’est plutôt vague  et confus… Si nous ne pouvons que saluer le fait de vouloir interdire les CMR (pour mémoire l’UE doit normalement déjà le faire…) pourquoi ne pas inscrire également dans cette interdiction les fameux perturbateurs endocriniens ? Et pourquoi dans la même mesure deux phrases qui semblent vouloir dire la même chose sans dire la même chose…? Il faudrait  imposer des objectifs quantifiables et vérifiables de réduction de l’utilisation des pesticides de synthèse dans chaque plan de filière et accompagner chaque acteur en aval et en amont des filières en transition.

Autre mesure qui nous questionne « Réformer le fonctionnement des labels en supprimant les labels privés et en mettant en place un label pour les produits issus de l’agriculture agro écologique » ! Outre le fait que nos amis de la FNAB ou encore de Nature et progrès ont du souci à se faire, inscrire le fait qu’il faudra créer un label pour l’agriculture agroécologique est un vrai problème !  En réalité ce modèle d’agriculture agroécologique existe déjà, il s’appelle l’agriculture biologique et donc ne nécessite pas la création d’un nouveau label qui fera uniquement la part belle aux systèmes chimiquement intensifs qui se cachent dernière le terme d’agroécologie et ce uniquement pour verdir leur image !

  • Concernant la rubrique « consommer » et on y retrouve des messages contradictoires et de fausses solutions au milieu de propositions intéressantes.

Ainsi, concernant la publicité : nous saluons toutes propositions visant à réguler et limiter la publicité, et notamment à interdire celle pour les produits les plus émetteurs de GES. Il est toutefois dommage de ne pas étendre l’interdiction aux produits pesticides ainsi que tous les produits biocides à usage domestique qui sont à la fois dangereux pour notre santé et l’environnement.

Concernant la lutte contre le suremballage : vouloir « limiter le suremballage et l’utilisation du plastique à usage unique en développant le vrac et les consignes dans les lieux de distribution » est une avancée, mais dans le même temps il semble contradictoire de proposer de « favoriser le développement des emballages biosourcés compostables pour assurer a transition avant la fin de l’emballage plastique à usage unique« . Le message doit être clair, il est impératif d’en finir avec le suremballage et l’utilisation du plastique à usage unique, qu’il soit biosourcé compostable ou non. Le consommateur ne pourra pas changer ses habitudes ni réduire sa relation de dépendance au plastique de cette manière. Par ailleurs, le plastique biosourcé compostable contient aussi des substances ajoutées (additifs, encres, colles, etc.) dont l’innocuité n’est pas prouvée, notamment lorsque l’on chauffe ces emballages qui sont en contact avec des aliments. Enfin, le développement de la filière des bioplastiques pose aussi question au niveau environnemental en utilisant des terres agricoles pour la fabrication de plastique jetable au détriment de l’alimentation.

Concernant le suivi et le contrôle des politiques publiques environnementales : la volonté de « contrôler et sanctionner plus efficacement et rapidement les atteintes aux règles en matière environnementale » est une bonne proposition, mais elle mérite d’être clarifiée. Qui effectuera les contrôles, qui sera sanctionné et de quels types de sanctions parle-t-on? Il est nécessaire de prévoir des mesures coercitives et des sanctions financières envers les industriels qui produisent et commercialisent des produits contenant des substances dont les effets cancérogène, mutagène, toxique pour la reproduction ou perturbateur endocrinien sont connus, et qui ne développement pas de mesures de substitution.

De même la proposition de « renforcer et centraliser l’évaluation et le suivi des politiques publiques en matière environnementale » doit être clarifiée.

En clair, il reste donc beaucoup à faire sur ces sujets. En outre, reste à voir si les propositions faites seront réellement suivies d’effets…

Pour finir sur une note positive, saluons cependant la volonté de la convention citoyenne de faire entrer dans le droit le crime d’écocide. Ce serait pour le coup un véritable avancée qui s’avère indispensable !

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