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Néonicotinoïdes: Mesdames et Messieurs les députés, il est encore temps de faire le bon choix!

Les députés ont débattu hier en assemblée plénière sur le projet de loi concernant la ré-autorisation des néonicotinoïdes. Les débats ont opposé des progressistes dénonçant le retour de ces insecticides néfastes et la majorité présidentielle suivie par les élus des Républicains et le MoDem.

Malgré les arguments forts mis en avant, notamment par les élu.es des groupes Socialistes et apparentés, de La France insoumise et surtout d’Écologie Démocratie Solidarité, le gouvernement représenté par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie et le groupe de la République en marche ont défendu ce projet de loi au motif que la filière betterave serait au bord du précipice… Leurs arguments : nous sommes contre les néonicotinoïdes, tout le monde sait qu’ils sont néfastes, mais nous sommes pour les néonicotinoïdes pour mieux les interdire (sic !). Le fameux en même temps qui permet de dire tout est son contraire dans une même phrase… bienvenue en 1984 #Orwell…

Notre association a suivi attentivement les débats qui ont commencé à 16h pour se prolonger jusque tard dans la nuit. Deux visions irréconciliables de l’agriculture et de l’écologie se sont affrontées. Les députés LREM et les Républicains soutenant la position gouvernementale en arguant du fait que si l’on ne permet pas aux betteraviers d’utiliser des néonicotinoïdes ce sera la fin de l’industrie sucrière en France ! La France verrait donc sa production anéantie par une légère baisse de ses rendements ?! Soyons sérieux ! En fait, la filière sucrière mène un incroyable chantage sur ce point  « Donnez-nous des néonicotinoïdes ou on arrête les betteraves ! » qui a trouvé écho chez des élu.es et un gouvernement bien trop fébriles et uniquement sensibles à la pression des acteurs économiques. En effet, la France, pourtant sans néonicotinoïdes depuis 2016 pour la betterave, produit bien plus que la moyenne européenne ! Pour rappel au pire cette baisse sera de 8 à 10% et si cette année, la France « descend » à 76 t/ha, elle resterait 3e ex aequo avec les Pays-Bas en terme de rendement à l’hectare, soit très au-dessus de la moyenne européenne et largement devant l’Allemagne, 2ème pays producteur UE qui ferait plus de 15 tonnes de moins que nous à l’hectare lors de la précédente récolte…

Pour se donner bonne conscience les élus LREM ont introduit des amendements visant à circonscrire les usages des néonicotinoïdes à la betterave pour une temps court dans des conditions soi-disant strictes et justifiant du fait qu’en enrobage de semence l’utilisation des néonicotinoïdes serait moins dangereuses que la pulvérisation aérienne… Tous ces « aménagements » ont été démontés par les élus progressistes et par nos ONG dans des dossiers étayés.

En effet, ces aménagements restent inacceptables et auront des conséquences à la fois pour la filière et pour la biodiversité :

  • Il est faux de dire que parce que « la plantation […] de végétaux attractifs d’insectes pollinisateurs » après l’emploi des #néonicotinoïdes serait interdite et que cela n’aurait donc pas de conséquence sur la biodiversité ! Avoir cette vision réductrice c’est nier le fait que les néonicotinoïdes impactent les pollinisateurs mais pas UNIQUEMENT ! Des centaines d’études attestent de la contamination des plantes sauvages, de leur persistance dans les sols pendant plusieurs années, y compris en dehors des champs traités, l’eau etc. et cela n’est pas sans conséquence. Ces substances « à large spectre » ciblent tous les arthropodes sans distinction : d’autres insectes (dont ceux bénéfiques aux cultures) mais aussi les araignées, les myriapodes, les crustacés. Des scientifiques ont mis en évidence les effets létaux et sublétaux des néonicotinoïdes sur une large gamme de micro-organismes, d’invertébrés et de vertébrés terrestres (y compris du sol, comme les vers de terre) et aquatiques.
  • L’un des arguments pour vendre le retour des néonicotinoïdes seraient que comme ces insecticides sont en enrobages de semences, ce serait moins dangereux que les pulvérisations ! FAUX encore ! L’absence de pulvérisation de néonicotinoïdes n’est pas plus rassurante. C’est même le contraire. L’enrobage des semences consiste en un traitement préventif systématique face à un risque hypothétique de jaunisse. En enrobage de semence, seuls 1,6 à 20 % de la matière active est réellement absorbée par la plante, et plus de 80 % se répand dans l’environnement. Alors qu’avec un traitement par pulvérisation qui interviendrait uniquement si l’infestation est constatée, avec un enrobage de semence ce serait près de 400 000 hectares de terre qui seraient contaminées par ces néonicotinoïdes pendant une longue période ! Cette pratique de la semence enrobée est le degré zéro de l’agronomie : un traitement d’assurance ! C’est d’ailleurs une pratique à bannir, en opposition totale avec les objectifs d’Ecophyto et les obligations européennes de mise en place de lutte intégrée contre les ravageurs.
  • Non, une dérogation sur la betterave, ce n’est pas une « petite dérogation », cela représente 450 000 ha de surfaces traitées et 27 tonnes de produits diffusées chaque année. Pour se représenter la toxicité des néonicotinoïdes à des doses infimes (4 nanogrammes d’imidaclopride par abeille suffisent à tuer 50 % d’une population exposée), cette quantité pourrait tuer entre 3 et 4 millions de milliards d’abeilles, si les abeilles y étaient directement exposées.

Alors, quand cet après-midi à 16h30 les députés devront voter cette loi, les élu.es de la majorité auront beau essayer de se donner bonne conscience avec leurs petits aménagements, ils seront et resteront responsables du désastre écologique à venir et de l’impasse dans laquelle ils mènent nos agriculteurs. Ils pourront tenter de tourner autour du pot, ils devront assumer ce choix et l’impact néfaste sur les milliers d’êtres vivants que ce choix aura eu ! Au-delà de ce vote catastrophique notre association reste déterminées pour que les néonicotinoïdes ne soient pas utilisé en France en 2021, notamment en préparant toutes les actions juridiques nécessaires.

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