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Des déchets toxiques dans les plastiques recyclés

Deux études réalisées par des ONG européennes alertent sur la présence de substances toxiques à des niveaux élevés dans des biens de consommation fabriqués à partir de plastique recyclé

Des retardateurs de flamme bromés et des dioxines bromés ont été retrouvés dans jouets pour enfants, fabriqués à partir de déchets électroniques recyclés.

Une nouvelle étude intitulée « Soupe toxique : des dioxines dans des jouets en plastique » montre des niveaux inquiétants de dioxines bromées (PBDD/Fs) très toxiques dans huit jouets et une pince à cheveux en plastique, fabriqués à partir de déchets électroniques recyclés. L’étude a été réalisée par les associations Arnika, International POPs Elimination Network (IPEN), Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland (BUND) et The Health and Environment Alliance (HEAL).

Les objets analysés qui ont été achetés dans sept pays, dont la France, présentaient des niveaux de dioxines comparables à ceux mis en évidence par des études antérieures dans des cendres d’incinérateurs ou d’autres déchets industriels.

 

Ces résultats nous rappellent ceux d’une précédente étude : « Recyclage toxique : quand des déchets dangereux sont utilisés pour fabriquer de nouveaux produits », publiée en octobre 2018. L’analyse de 430 produits de consommation courante en Europe, des jouets pour enfants, des accessoires de cuisine et des accessoires pour cheveux, révélait que 25% contenaient des taux élevés de retardateurs de flamme bromés (PBDE). Ces objets ont été produits à partir de plastique provenant du recyclage de déchets électroniques. Ces substances dangereuses pour la santé et l’environnement, pourtant réglementées de manière strictes par la Convention de Stockholm, bénéficient de dérogations au sein de l’UE pour faciliter et développer le recyclage des plastiques.

Rappelons que les dioxines bromées retrouvées dans les huit produits dernièrement analysés sont des substances chimiques très dangereuses dont on sait qu’elles affectent le développement du cerveau, le système immunitaire et le fœtus, qu’elles augmentent le risque de cancer et de perturbation de la fonction thyroïdienne. Elles se présentent sous la forme de sous-produits contenus dans les retardateurs de flamme bromés et dans les résidus résultant de l’incinération de matériaux et de déchets bromés. « Des tests in vitro de l’activité ‘dioxine like’ ont montré la toxicité étonnement forte des plastiques recyclés » dit Peter Behnisch, l’un des co-auteur de l’étude et Directeur de BioDetection Systems, un laboratoire basé à Amsterdam, aux Pays-Bas. « A notre connaissance, il s’agit de la première étude publique montrant la présence de dioxines bromées dans des objets pour enfants », ajoute t-il.

Cette information inquiétante a été publiée alors que se tient la réunion d’un groupe d’experts des autorités compétentes de l’Union européenne pour la réglementation des Polluants Organiques Persistants (POPs). Les  règles de recyclage et les définitions des déchets contenant des POPs, tels que les Polybromo diphenyl ethers (PBDEs) et les dioxines devaient être discutées.

Des limites plus strictes sont nécessaires pour que des substances toxiques ne se retrouvent pas dans des objets fabriqués à partir de plastique recyclé

La concentration la plus élevée en dioxines a été retrouvée dans un jouet acheté en Allemagne. C’était aussi le seul objet à dépasser le seuil légal pour les dioxines bromées en Allemagne. « Cela ne signifie pas que les autres jouets soient sûrs. La valeur limite allemande ne prend pas en compte tous les congénères de dioxines bromés toxiques. Comme les dioxines bromées sont présentes dans les produits recyclés sous forme d’impuretés contenues dans les retardateurs de flammes bromés, il serait plus rapide d’empêcher leur diffusion en abaissant les valeurs limites pour les PBDEs dans les déchets au niveau des 50mg/kg ce qui permettrait d’éliminer les dioxines des plastiques recyclés. C’est la seule façon d’éviter un recyclage toxique » annonce Manuel Fernandez, en charge de la politique des produits chimiques à BUND/ Les amis de la Terre Allemagne.

Générations Futures s’associe aux ONG qui réclament des mesures telles que :

  • ne pas autoriser la valeur limite proposée de 1000 ppm pour le DecaBDE dans les plastiques recyclés mais là fixer à 10 ppm ;
  • définir une limite plus stricte pour la définition des déchets classés POPs (niveau de contenu en POPs faible). Cette limite devrait idéalement être fixée à 50 ppm pour la somme de tous les PBDEs réglementés ;
  • retirer les dérogations pour le recyclage concernant les PentaBDE et OctaBDE commerciaux, telles qu’elles sont mises en oeuvre dans l’UE et dans plusieurs autres Etats ;
  • ajouter les PBDD/Fs à la Convention de Stockholm en vue de leur réduction et de leur élimination ;
  • améliorer la définition des déchets électroniques dans le cadre de la Convention de Bâle.

« Construire un environnement non toxique pour les enfants est LA priorité absolue d’aujourd’hui en matière de santé et d’économie », déclare Genon Jensen, Directrice de Health and Environment Alliance (HEAL). « C’est pourquoi l’économie circulaire doit contribuer à la prévention en matière de santé, ce qui veut dire que les substances dangereuses doivent être retirées du cycle du recyclage et qu’en même temps aucune dérogation sur les normes sanitaires ne devrait être accordée pour les matériaux recyclés », ajoute-t-elle.

« Des dioxines chlorées rejetées il y a des décennies lors du désastre de Seveso et par l’utilisation de l’Agent Orange ont eu des conséquences sévères pour la santé publique, qui se font encore sentir aujourd’hui. Les dioxines bromées sont aussi toxiques que leurs cousines chlorées et ne devraient donc pas être présentes dans des objets de consommation, particulièrement s’ils sont destinés aux enfants ! », estime Joe DiGangi, Conseiller scientifique et technique en chef pour le réseau IPEN.

Les manques de la législation actuelle ne sont pas seulement grave pour l’Europe, mais ils le sont aussi pour les pays en voie de développement. Actuellement, l’Europe envoie entre 15 et 50% de ses déchets électroniques, soit illégalement, soit sous la forme de produits électroniques usagés, à des pays en développement en Asie ou en Afrique, alors qu’ils contiennent des niveaux de retardateurs de flamme bromés dangereux.

« Nous ne pouvons que nous inquiéter des résultats de cette nouvelle étude qui montre une fois encore que la contamination par les produits chimiques toxiques, notamment les retardateurs de flamme bromés, concerne l’ensemble la chaîne de fabrication : de la confection des articles électroniques, à leur recyclage, puis à leur réutilisation sous la forme de plastiques dans divers objets quotidiens. Ces analyses nous montrent la persistance de ces composés chimiques et leur caractère ubiquitaire. Une réglementation stricte doit être appliquée au niveau européen, sur les produits fabriqués et vendus, afin d’éliminer ces résidus de dioxines bromés, qui nous le savons sont particulièrement toxiques pour la santé, mais qui sont pourtant présents dans des articles pour enfants des niveaux alarmants et inacceptables« , déclare François Veillerette, Directeur et porte parole de Générations Futures.

 

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