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L’agriculture pour la macronie? Robotique, génétique, numérique…

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le gouvernement Macron fait de la productivité agricole sans limite la réponse à toute forme de souveraineté alimentaire, Julien Denormandie – le ministre de l’Agriculture – surfant particulièrement sur l’idée (le mythe) d’une Europe nourricière. Dans une lettre ouverte qui lui a été récemment adressée, 26 ONG argumentent pour démythifier ces propos. Outre cette antienne que le ministre de l’Agriculture rabâche à l’envie, il attribue à ce gouvernement des “réussites”qui méritent d’être précisées. Lors de son meeting à Marseille, Emmanuel Macron a repris certains de ces propos: la productivité, l’Europe nourricière, les chiffres sur l’agriculture biologique qui témoigne d’une vision de l’agriculture de la macronie qui se doit d’être questionnée … Revenons sur un entretien particulièrement propice à la diffusion d’informations qui méritent cet éclairage et tenus lors du 7/9 de France Inter le 15 mars 2022.

La productivité sans limite

« Moi je suis incroyablement inquiet par ce qui va se passer à l’international. Ça fait plusieurs mois que j’alerte sur une crise alimentaire à l’international et aujourd’hui avec ce qui se passe en Ukraine, c’est probablement un risque de famine à l’international». Pour répondre à cette inquiétude, Julien Denormandie soutient l’idée un mouvement vers une production de masse pour pallier à ces pires scénarios : “Il faut absolument que l’Europe se remette dans une démarche de se repositionner sur ces pays là [Egypte, Liban, Maroc] et ça veut dire accroître nos productions, produire plus en protégeant plus et regagner ces relations avec ces pays sur un sujet fondamental qui est le sujet alimentaire”. Comme le rappellent 26 organisations dans une lettre ouverte, en dehors des contextes d’urgence humanitaire, la faim n’est pas une question de production mais de répartition. Un tiers des productions mondiales sont gaspillées. Si nous voulons réellement faire face à la question de l’insécurité alimentaire, ce n’est pas la course à la production qu’il faut amorcer.

Encore et toujours ce mythe de l’Europe nourricière

D’ores et déjà démenti dans notre Alerte Mytho n°4 sur le ministre de l’agriculture, le mythe de l’Europe nourricière est une vision passéiste de l’agriculture., Julien Denormandie continue de marteler cette antienne : « Oui il faut que l’Europe retrouve sa mission nourricière, en Europe mais aussi à l’étranger. Et d’autant plus, il faut tous qu’on l’ait en tête, au moment où vous avez ces exportations qui vont diminuer, vous avez une sècheresse qui sévit au nord du continent africain, il y a le double effet : moins importations et moins de production donc l’Europe doit assumer ce rôle nourricier mais en protégeant. ». L’idée que l’UE doit continuer à « nourrir le monde » est un leurre. En réalité, il y a longtemps que l’UE ne « nourrit plus le monde » ! Aujourd’hui, en excluant les vins et spiritueux, la France est déficitaire en produits agricoles et alimentaires (à hauteur de – 4,6 milliards d’euros en 2019).Cette vision n’est défendue que pour soutenir un modèle agro industriel qui repose sur une compétitivité à outrance. Il serait plus pertinent que l’UE nourrisse correctement sa population en promouvant l’agroécologie et qu’elle contribue à échanger avec les pays tiers sur les connaissances agronomiques nécessaires pour promouvoir ce modèle non dépendant aux firmes agrochimiques. Une étude publiée par le CNRS témoigne que ce virage est faisable.

Recul sur les jachères

Léa Salamé et Nicolas Demorand ont questionné le ministre de l’Agriculture sur le maintien des objectifs de la stratégie de la ferme à la fourchette ainsi que le pourcentage des terres en jachères demandé au niveau de l’UE. J. Denormandie répond : « Pendant une période donnée, je ne dis pas qu’il faut le faire d’une manière pérenne, mais pendant un moment donné, on sait que l’Europe doit produire plus : est-ce que pendant cette période donnée on peut utiliser ces terres qui sont aujourd’ hui inexploitées ? ». Dans une lettre ouverte, 26 organisations environnementales, citoyennes et paysannes, dont Générations Futures, dénoncent cette mesure. “Qualifiées à tort de “non-productives”, les jachères et les infrastructures agroécologiques (haies, bosquets, mares, etc.) sont pourtant essentielles à la fertilité des sols et à la biodiversité des milieux agricoles, et constituent ainsi une des rares avancées de la nouvelle PAC. Ces revendications, portées par les tenants d’une agriculture industrielle, peuvent sembler pleines de bon sens à première vue, mais elles sont simplistes et répondent de manière inadaptée aux enjeux de la situation actuelle et à ceux de long terme. Elles jouent sur la peur de ruptures d’approvisionnement pour appuyer des demandes qui, si elles étaient mises en œuvre, conduiraient à l’opposé de ce qu’elles prétendent défendre.

Des chiffres sur l’agriculture biologique toujours faux

Comme vérifié dans notre premier Alerte Mytho concernant l’intervention de Julien Denormandie dans l’émission Backseat, ses chiffres concernant l’agriculture biologique sont erronés. « Pendant le quinquennat on a doublé la surface de bio dans notre pays. » D’après l’Agence Bio, cette affirmation est fausse. Les surfaces n’ont été multipliées que par 1,5. Cette nuance peut paraître minime mais en nombre d’hectares que cela représente, la différence est énorme. Grossir ainsi les chiffres ne permet pas de se rendre compte du véritable chemin à parcourir pour parvenir à cette transition.

Lors de cet interview, il ajoute : « on est aujourd’hui, au moment où je vous parle, le pays d’Europe avec la plus grande surface bio ». D’après le rapport de l’Agence bio sur l’agriculture biologique en Europe, la France compte 2 548 718 hectares en agriculture biologique en 2020. Cela la place en tête des pays de l’UE en surface totale. Néanmoins, ces chiffres sont à mettre en perspective. L’AB ne représente que 9,5% de la SAU, surface agricole utile. A titre d’exemple, l’Autriche, qui ne compte que 677 216 hectares en 2020, a une SAU de 26,4%.

Rogner sur la vraie ambition environnementale du modèle agricole

Denormandie annonce un manque d’ambition et une fuite en avant concernant la transition agricole attendue par tant de citoyens et qui est aujourd’hui plus que nécessaire pour faire face aux enjeux à court terme : « On maintient l’ambition environnementale, on dit juste qu’il faut qu’on ait une autre ambition aussi, qui est cette mission nourricière, de production et d’indépendance. Elle passe aussi par la transition environnementale, si on veut un système pérenne, il faut faire cette transition environnementale. Je ne dis aucunement de revenir dessus, il faut en revanche adjoindre à cette ambition environnementale, une ambition de production. »

Dans une lettre ouverte, la Maison de la Bio revient sur l’importance de changer le système de production. « Il ne s’agit donc pas de produire plus mais de produire autrement. Nous devons engager une transition à grande échelle de notre agriculture et de notre alimentation prenant en compte la souveraineté mais aussi l’écologie, le changement climatique et les impacts sociaux. » Pour cela, elle décrit un engagement simple en 3 étapes :

  • Cette transition doit consister en premier lieu à sortir du modèle de l’élevage intensif. En France, plus de 75% de l’azote est en effet utilisé pour la production d’aliments destinés aux animaux d’élevage qui consomment 70% de la biomasse végétale produite.
  • En parallèle, l’agriculture bio devra être déployée à large échelle car c’est une solution durable pour renforcer notre souveraineté. Premièrement, elle interdit tout intrant chimique de synthèse, et en particulier les engrais azotés massivement importés par l’agriculture conventionnelle. Ensuite, elle repose sur des pratiques agronomiques visant l’autonomie des fermes, tout en répondant aux enjeux majeurs de la crise écologique et climatique.
  • Enfin la valorisation de la stratégie “Farm to Fork” qui permettra d’engager les toutes premières étapes de cette transition, notamment en développant l’agriculture biologique. Il s’agit au contraire de renforcer et d’accélérer le déploiement de cette stratégie en mobilisant l’ensemble de l’écosystème agroalimentaire : formation, recherche, financement, conseil, filières et consommateurs bien sûr.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est traduit par de multiples renoncements dont le recul sur l’interdiction du glyphosate, le retour des néonicotinoïdes, l’arrêt des aides de maintien à l’agriculture biologique ou encore l’échec de la loi Egalim 2. Ce mauvais bilan, disponible sur le site de Générations Futures, n’est actuellement pas “compensé” par des mesures fortes et engageantes dans le futur projet du candidat Macron. A l’heure où ces lignes sont écrites ce que nous retenons de la vision agricole du dit candidat c’est une 3ème “révolution agricole” reposant sur le tryptique : numérique, robotique et génétique. Vision qui est loin de nous satisfaire!

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