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Insecticides tueurs d’abeilles : le gouvernement ne doit pas se laisser berner et doit accéder à la demande des 71 000 signataires de notre pétition!

Pourquoi l’argument des betteraviers selon lequel la betterave sucrière ne fleurit pas au champ et ne peut donc pas être visitée par les abeilles (et donc ne pas les impacter) est bidon !

Rappel des faits 

Fin juillet notre association s’insurgeait contre l’attitude de quatre vice-présidents élus dans des régions betteravières (Hauts-de-France, Grand Est, Ile-de-France et Normandie) qui s’exprimaient aux côtés de plusieurs représentants de la CGB (planteurs de betteraves) lors d’une conférence de presse le 29 juillet 2020, demandant à retoucher à la loi pour permettre, par dérogation, l’usage des néonicotinoïdes en protection de semences[1]. Cette colère face à la pression des betteraviers était légitime car le ministre de l’Agriculture annonçait mercredi 5 aout vouloir accorder ladite dérogation[2] ouvrant par la même le voie à des demandes émanant d’autres producteurs, maïsiculteurs en tête[3].

Devant ce recul inacceptable – rappelons que la France dans sa Loi biodiversité de 2016, renforcée par la Loi de 2018 issue des Etats Généraux de l’Alimentation a interdit le recours aux néonicotinoïdes du fait de leurs impacts avérés sur les abeilles – notre association a fortement réagi et lancé deux actions qui rencontrent un franc succès : une pétition qui rallie déjà plus de 70 000 signataires (en seulement 4 jours)[4] et une interpellation via twitter sur son outil shake ton politique qui a permis la diffusion de près de 2600 tweets[5] !

Défendre l’indéfendable !

Pour défendre cette position indéfendable, que ce soit Christiane Lambert la Présidente de la FNSEA ce jour sur les ondes de France Inter[6] ou bien encore la ministre de l’Ecologie dans un thread[7] publié hier sur Twitter, les promoteurs de cette dérogation arguent du fait que la betterave, étant récoltée avant floraison, n’attirerait pas les polinisateurs et l’usage des néonicotinoïdes en enrobage de semence sur cette culture serait donc sans conséquence sur les abeilles.

C’est d’ailleurs l’argument martelé depuis plusieurs années par la Confédération Générale des Planteurs de Betterave dans son lobbying forcené pour obtenir cette dérogation à l’interdiction de l’usage des néonicotinoïdes sur la culture de la betterave en France. Ainsi dans leur pétition lancée il y a 2 ans[8]  ils écrivent « … cette interdiction n’apparaît pas justifiée dans le cas de la betterave : cette plante étant récoltée durant la première année, avant la production de fleur et de pollen, elle n’attire pas les abeilles. De plus, dans 95% des cas, cette culture est suivie de céréales à paille qui ne sont pas non plus attractives pour les insectes pollinisateurs ». C’est cet argument qui a donc été ‘vendu’ aux politiques comme Julien Denormandie et Barbara Pompili qui le reprennent maintenant. La ministre de l’écologie précise ainsi dans l’un des tweets[9]  de son Thread en réponse aux nombreux messages qui lui ont été envoyés que dans le cadre de la dérogation prévue « il sera interdit de planter des cultures à fleurs lors de la prochaine saison pour ne pas attirer les pollinisateurs. ».

La question est : est-ce que cette mesure visant à interdire de planter des cultures à fleur après la culture de la betterave « aux néonicotinoïdes » sera suffisante pour protéger les abeilles ?

Notre réponse est clairement : non !

Pourquoi ?

Pour 2 raisons :

1 : l’exposition des abeilles et autres pollinisateurs aux néonicotinoïdes se fait aussi, et peut être même surtout, par les fleurs sauvages. Une étude de 2015 montre ainsi clairement que les plantes se trouvant à proximité des cultures traitées aux néonicotinoïdes sont largement contaminées, conduisant ainsi à une contamination importante du pollen ramené dans les ruches[10].

2 : Les néonicotinoïdes étant persistants, on les retrouve longtemps après l’arrêt de leur utilisation dans les sols cultivés, dans les plantes y poussant LES années suivantes et dans l’environnement des champs traités, exposant ainsi les pollinisateurs à un risque important. Une étude[11] de 2019 conduite par des chercheurs du CNRS et de l’INRA étudie les conséquences du moratoire de l’UE de 2013 restreignant l’emploi de trois de ces insecticides par le suivi de cultures de colza d’hiver pendant cinq années consécutives au moratoire européen, de 2014 à 2018. Conclusions de l’étude : « les trois néonicotinoïdes concernés ont pu être détectés dans les échantillons prélevés. L’imidaclopride en particulier a été détecté chaque année, au total dans 43 % des échantillons analysés (48 % des parcelles), sans tendance à la baisse au cours des années mais avec une forte variation inter-annuelle. ». Au niveau du risque pour les abeilles les chercheurs estiment que : « Pour les abeilles domestiques, le risque a été maximal en 2014 et 2016, avec environ 50 % des butineuses susceptibles de mourir de l’imidaclopride dans 12 % des parcelles étudiées. … Ces résultats indiquent qu’une persistance d’usage des néonicotinoïdes sur certaines cultures de plein champ pose un risque pour les abeilles et pollinisateurs visitant d’autres cultures, non traitées» Les chercheurs concluent que : « Ces travaux apportent ainsi un soutien à la récente extension du moratoire à une interdiction totale de toutes les cultures en extérieur, depuis septembre 2018, en France. » En effet, l’usage des néonicotinoïdes, même réduit, expose les autres cultures de la rotation, mais aussi des plantes sauvages et d’autres champs plus éloignés, car ils contaminent l’environnement par la poussière et les eaux de ruissellement, nous montre cette étude.

Conclusion :

Ces données montrent clairement qu’une éventuelle dérogation pour utilisation de néonicotinoïdes sur semences de betterave aurait des conséquences graves pour les pollinisateurs en contaminant les champs traités, l’environnement de ces champs et d’autres champs à des doses dangereuses de néonicotinoïdes….contrairement à ce que la propagande du lobby de la betterave, reprise maintenant par le politique, cherche à nous faire croire !

Il ne faut donc pas que le gouvernement accorde la dérogation à l’utilisation des néonicotinoïdes et c’est la demande de plus de 70 000 citoyen.nes signataires de notre pétition à ce jour !

 


[1] https://www.generations-futures.fr/actualites/generations-futures-soppose-fermement-aux-insecticides-neonicotinoides-dans-les-plantations-de-betteraves/

[2] https://www.generations-futures.fr/actualites/derogations-neonicotinoide-betterave/

[3] https://www.generations-futures.fr/actualites/neonicotinoides-mais/

[4] http://chng.it/jMDK5yJt

[5] https://shaketonpolitique.org/interpellations/insecticides-tueurs-abeilles-betterave/

[6] https://twitter.com/franceinter/status/1293077521706123265

[7] https://twitter.com/barbarapompili/status/1292788475016732672

[8] https://www.change.org/p/pr%C3%A9servons-la-betterave-sucri%C3%A8re-fran%C3%A7aise

[9] https://twitter.com/barbarapompili/status/1292788484848201728

[10] Neonicotinoid Residues in Wildflowers, a Potential Route of Chronic Exposure for Bees. Botias et al. Environ. Sci. Technol. 2015, 49, 21, 12731–12740

[11] Neonicotinoid-induced mortality risk for bees foraging on oilseed rape nectar persists despite EU moratorium. Dimitry Wintermantel, Jean-François Odoux, Axel Decourtye, Mickaël Henry, Fabrice Allier, Vincent Bretagnolle. STOTEN, 28 novembre 2019.

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