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Les études en cours sur les pesticides

Nous étions conviés mercredi 29 juin au Ministère de la Santé par le Directeur général de la Santé dans le cadre du comité de suivi des études nationales sur les pesticides. Le dernier comité ayant eu lieu en septembre 2021.

A l’ordre du jour de cette réunion plusieurs études importantes nous ont été présentées et tout particulièrement :

  • Un point d’avancement de l’étude Pestiriv.

Cette étude, qui a débuté sur le terrain en octobre 2021, est réalisée par Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Elle a pour but d’évaluer l’exposition aux pesticides des personnes vivant en zones viticoles et non viticoles. Des mesures biologiques et environnementales doivent être réalisées, couplées à des questionnaires portant sur l’alimentation, l’activité professionnelle, les usages domestiques ou encore le contexte agricole près du logement. La présentation de ce jour a fait un premier bilan du terrain réalisé en période de non traitement des vignes et a décrit l’état d’avancement global de l’étude. L’étude de terrain a eu lieu de fin 2021 à fin février 2022 pour les zones hors traitements. Elle se base sur une cohorte de 162 sites viticoles comprenant 1500 riverains et 750 enfants. Ils sont situés à moins de 500 m des vignes et plus de 1000m d’autres cultures agricoles. Parallèlement, ils ont réalisé les mêmes prélèvements sur 101 sites non viticoles comprenant 750 adultes et 350 enfants situés à plus de 5000m vignes et plus de 1000m autres cultures agricoles. A l’heure actuelle, l’enquête durant les temps de traitement est en cours jusqu’en août 2022 lors des périodes d’épandage. Les deux chercheurs sont satisfaits du pourcentage de réussite de la méthodologie appliquée sur le terrain. Il est tout de même à noter qu’il y a eu des difficultés de réception des échantillons à cause du contexte COVID. La suite de l’étude se présente sous la forme d’une analyse des résultats (2023) pour une présentation des résultats en 2024.

 

Ce que Générations Futures en pense ?

Ce type d’étude est bien sûr indispensable mais nos associations alertent sur le fait qu’au-delà de Pestiriv, il y a un réel problème d’accès aux données et notamment aux registres d’épandage. Alors que se discute au niveau européen la réglementation sur les statistiques agricole (règlement SAIO), la France ne semble pas impulser une réelle volonté de rendre accessible ces données. L’accès aux données est une nécessité à la fois pour la science mais aussi pour les riverains exposés dans le but de faire respecter la réglementation.

Plus généralement, le manque de suivi des populations est problématique. Les dispositifs de phytopharmacovigilance sont moins efficaces du point de vue des personnes exposées (non professionnelles) et donc concernées. Certains dispositifs ont même été suspendus par l’ancien ministre de l’Agriculture comme phytosignal.

Enfin, nous tenons à signaler les failles actuelles des lignes directrices « riverains » que nous avons étudiées récemment. Nous publierons un rapport prochainement sur ce sujet et nous allons montrer les trop nombreux biais qui ne permettent pas d’évaluer correctement les risques pour ces populations vulnérables.

  • La présentation des résultats du projet GÉOCAP-Agri : Proximité de cultures agricoles et cancers de l’enfant.

Le projet GÉOCAP-Agri, dont les résultats ont été présentés ce jour et seront communiqués prochainement, inclut 3 études :

  • une étude des variations spatiales et temporelles de l’incidence des cancers pédiatriques en France métropolitaine.
  • une étude du lien entre la densité de cultures dans les communes et les variations d’incidence des leucémies de l’enfant à cette échelle.
  • une étude cas-témoins avec données géolocalisées sur le lien entre la proximité résidentielle de zones viticoles et le risque de leucémies chez l’enfant

La publication de l’étude est prévue pour la fin de l’été. Nous attendons énormément de la publication de ces résultats et de la prise en compte politique de ces derniers. Nous savons d’ores et déjà qu’il est nécessaire que le gouvernement agisse en faveur d’une récolte des données à la parcelle pour que les chercheurs et parties prenantes soient en capacité d’utiliser des données fiables et réalistes des enjeux de terrain. Sur cette étude, notre association en collaboration avec d’autres acteurs impliqués prévoit un communiqué disponible la semaine du 3 juillet 2022.

  • La présentation d’une étude sur les pesticides et le neurodéveloppement de l’enfant.

Cette étude a présenté la synthèse d’une revue bibliographique par Jeanne ETIEMBLE (Dr. émérite Inserm) et Sylvaine CORDIER (Dr. émérite Inserm) sur la présomption de lien entre pesticides et neurodéveloppement de l’enfant. En conclusion, la scientifique aborde l’importance du concept de l’approche multi-polluant, l’approche de l’exposome et du rapprochement du concept d’exposome et du concept toxicologique d’AOP. Elle affirme donc qu’il y a des fenêtres critiques d’exposition et qu”il est nécessaire de prendre en considération la multi exposition des enfants aux polluants”. Elle insiste fortement sur la stratégie de prévention nécessaire qui “doit être déclinée mesures coordonnées : réglementation, population vulnérable, milieux de vie et la neuroprotection”.

Cette présentation renforce notre position sur l’importance de réglementer et d’informer les risques d’effet cocktails des pesticides et polluants chimiques. Recommandations que nous avons mis avant lors de toutes les dernières échéances politiques (Présidence française à l’Union Européenne, présidentielle, législatives …)

  • Présentation de l’association prospective entre exposition alimentaire aux pesticides et risque de cancer du sein post-ménopause dans la cohorte NutriNet-Santé.

La cohorte Nutrinet-Santé a d’ores et déjà permis de publier différents travaux comme sur le syndrôme métabolique et l’alimentation biologique, la prévention des cancers grâce à l’alimentation bio. Ces études ont notamment permis d’identifier plusieurs corrélations entre l’alimentation, les expositions et lnaissance de cancers : à noter le dernier travail sur l’émergence du cancer du sein chez les femme ménopausée consommant des pesticides ou résidus de pesticides. Le principal résultat qui est sorti de la présentation de ce mercredi est la diminution du risque de 43% de cancer du sein pour les femmes ménopausées lors d’un régime alimentaire issu de l’agriculture biologique.

Pour conclure

Bien sûr il reste indispensable de faire des études scientifiques de suivi des populations mais nous souhaitons alerter sur le fait que trop souvent ces études ne donnent pas lieu à des prises de décisions d’exclusion de substances dangereuses qui soient rapides et efficaces.

Nous saluons le fait que l’administration du ministère de la Santé s’implique sur ce dossier des pesticides mais regrettons fortement que trop souvent le poids de ce ministère, comme celui de l’Environnement, soit bien faible face à celui de l’Agriculture.

Le constat est de plus en plus précis sur les risques réels que font courir les pesticides aux populations exposées (cf INSERM 2021). Nous attendons de ces ministères concernés en particulier et du gouvernement en général des décisions rapides à savoir

  • La fin des pesticides de synthèse à moins de 100 mètres des lieux où se trouvent des populations vulnérables et donc la réécriture des textes réglementaires encadrant ces dispositions
  • Une meilleure information de la population avant, pendant et après les épandages

 

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